Bac blanc TG

Pour les sujets 2 et 3, il faut revoir le cours sur la vérité et les textes vus. Ci-dessous le cours sur la science.

Qu »est-ce que la science ?
La distinction entre croire et savoir

Les deux notions expriment notre rapport à la vérité. Croire et savoir, c’est tenir pour vrai, affirmer la vérité d’une proposition. C’est la preuve qui fait la différence entre croire et savoir : croire consiste à penser qu’une proposition est vraie sans pouvoir le prouver, savoir consiste à pouvoir prouver la valeur de vérité d’une proposition. « Savoir, c’est savoir qu’on sait » (Alain), alors que croire, c’est croire savoir sans savoir.

Les trois types de croyances : le préjugé, l’hypothèse et la foi.

Le préjugé est la croyance confondue avec le savoir (la croyance au sens le plus péjoratif, croire savoir sans savoir), qui se caractérise par la certitude, l’absence de doute (les préjugés sont des croyances dogmatiques, c’est-à-dire soustraites à l’esprit critique, au doute méthodique). Les préjugés ont pour cause la prévention ou la précipitation du jugement. Prévention du jugement : les préjugés sont des idées reçues, des idées admises sans examen en raison de l’influence exercée par une autorité sur notre esprit (influence de l’éducation, de la tradition, de l’opinion publique). Précipitation du jugement : le préjugé, sans être un préjugé au sens strict (sans être une idée reçue), est la croyance adoptée du simple fait qu’on a jugé trop vite, sans prendre le temps d’examiner la source et la preuve de la proposition à laquelle on donne son assentiment. Qu’il s’agisse d’idées reçues ou de jugements précipités, le remède contre les préjugés est le doute méthodique, la suspension du jugement, qui consiste à mettre en question la croyance pour examiner sa valeur de vérité, à renoncer à tenir pour vraie une proposition en l’absence de preuve.

L’hypothèse est la croyance dont on a conscience qu’elle n’est qu’une croyance et qui ne s’accompagne donc pas de certitude. C’est l’opinion incertaine et provisoire. L’hypothèse joue un rôle essentiel dans la démarche scientifique, dans la mesure où il est impossible de parvenir au savoir sans commencer par croire, c’est-à-dire par croire savoir sans savoir, tenir pour vrai sans pouvoir prouver. « Il faut nécessairement expérimenter avec une idée préconçue« , écrit le biologiste Claude Bernard. L’hypothèse est une croyance rationnelle, légitime au regard de l’esprit critique, mais qui demeure incertaine et provisoire pour l’esprit qui la pense. Elle se fonde sur la sagesse socratique, la conscience d’ignorance, le doute méthodique qui permet de distinguer croire et savoir, la certitude du préjugé et la certitude objective du savoir fondé sur la preuve.

La foi signifie la confiance. « Je crois en toi », signifie « j’ai foi en toi » ou « j’ai confiance en toi ». La foi consiste à admettre une vérité de confiance, sans examen rationnel ni recherche de la preuve. Avoir foi en la science, signifie faire confiance aux scientifiques en matière de production de la vérité. La notion a toutefois un usage plus spécifique : la foi signifie la croyance religieuse, une croyance qui se distingue par son objet, le divin, qui n’est pas un objet de science. On ne peut savoir si Dieu existe ou s’il n’existe pas, raison pour laquelle croire ou ne pas croire en Dieu est une question de foi, de confiance. La foi est une certitude sans preuve. La foi peut toutefois être distinguée du simple préjugé si, au lieu de croire savoir, le croyant croit en ayant conscience de la différence entre croire et savoir, en ayant conscience du fait que sa croyance est une croyance et non pas une connaissance. La foi qui se fonde sur la conscience de la différence entre croire et savoir se distingue de l’hypothèse, parce que la confiance s’accompagne d’un sentiment de certitude subjective alors que l’hypothèse s’accompagne d’un sentiment d’incertitude. Le « je crois » de l’hypothèse ou de l’opinion signifie « je ne sais pas mais je crois savoir, sans preuve, donc sans certitude » ; celui de la foi signifie « je ne sais pas mais j’ai confiance, ce qui me donne la certitude en dépit de l’absence de preuve ». La foi, comme l’hypothèse, peut être considérée comme une croyance rationnelle si, en dépit de l’absence de preuve, elle peut être justifiée par des raisons de croire.

Les types de savoir : l’érudition et l’expérience et la connaissance rationnelle.

La notion de savoir a un sens fort et un sens faible.

Au sens faible, Le savoir désigne l’ensemble des connaissances acquises par l’étude et par l’expérience. Le savoir que mesure un examen ou un concours est un savoir livresque, la mémorisation de ce qu’on peut connaître par les livres. Savoir, en ce sens, signifie érudition ou culture. Le juriste qui a mémorisé tous les textes de loi est un savant, c’est-à-dire un érudit. Le savoir du paysan traditionnel qui n’a jamais lu un livre ni étudié l’agronomie est fondée sur la longue habitude de la pratique de l’agriculture, la sienne et celle de ses ancêtres. Le savoir signifie, en ce sens, l’expérience, la connaissance accumulée au cours du temps, à travers la succession des expériences vécues, de l’épreuve des événements qui conduisent à conserver ou à rectifier les jugements de réalité et les pratiques. Ces usages de la notion de savoir sont corrects, mais ils ne correspondent pas à ce qu’on entend par « science ».

Au sens fort, privilégié par la philosophie, le savoir désigne la connaissance rationnelle, le sens spécifique de la notion de science. La connaissance rationnelle est la connaissance produite par la raison et validée par une preuve rationnelle. La connaissance acquise par l’étude des livres est une connaissance rationnelle si et seulement si elle peut être actuellement validée par une preuve que tout être rationnel pourrait penser, produire et reproduire par lui-même. Le savoir au sens de la connaissance rationnelle est donc indissociable de l’argumentation ou de la démonstration qui constitue la preuve de sa vérité. Pour toute connaissance rationnelle, « vérité » signifie en premier lieu « cohérence » de l’argumentation ou de la démonstration qui valide le savoir. En ce sens les mathématiques et la philosophie, voire la théologie en tant qu’elle est théologie rationnelle (le discours sur Dieu fondé sur la raison et non sur les « Écritures », les textes sacrés), sont des sciences, des connaissances rationnelles. Kant définit la philosophie, par exemple, comme étant « la science des fins dernières de la raison humaine« 

Qu’est-ce que la science ? Objet et enjeu de la question

Ce qu’on appelle « la science » aujourd’hui, désigne dans un sens plus restreint l’ensemble des connaissances scientifiques. La science est l’étude de la nature, la physique, qui constituait dans la philosophie antique une partie de la philosophie. La physique antique ne disposait cependant pas de la méthode expérimentale qui constitue depuis le 16e siècle la clef du progrès de la connaissance de la nature.

La logique de la division du travail et de la spécialisation qui accompagne le progrès de la connaissance conduit à la démultiplication des domaines de la science. Ce qu’on appelle « la science », ce sont donc « les sciences » qui étudient la nature, la science unifiée de la nature constituant un idéal sans doute inaccessible. Parmi les sciences, on distingue ordinairement les sciences de la nature (SVT, physique) et les sciences humaines (histoire, économie, sociologie, psychologie, etc.). Le projet d’une connaissance scientifique de l’homme est apparu au 19e siècle et consiste dans l’application aux réalités humaines de la méthode des sciences de la nature, selon la célèbre formule d’Émile Durkheim, l’un des fondateurs de la sociologie : « Il faut considérer les faits sociaux comme des choses ». Cette transposition à l’homme de la méthode scientifique est une source de difficultés théoriques, puisqu’elle se fonde à la fois sur l’idée que la science de la nature ne suffit pas à rendre compte des réalités humaines et sur l’idée qu’il serait possible d’étudier l’homme comme n’importe quelle autre partie de la nature, selon les méthodes des sciences de la nature.

Au-delà de la simple définition nominale de la science, l’étude rationnelle de la nature, il faut, pour comprendre ce qu’est la science, caractériser celle-ci par l’ensemble des traits communs aux différentes disciplines scientifiques. L’objet de la philosophie des sciences (l’épistémologie) est de pouvoir dire en quoi une science est une science, préciser la nature de la différence entre science et non-science (ou pseudo-science), afin de justifier la prétention de la science à la vérité.

En pratique, bien entendu, la science n’a pas besoin d’être justifiée. De même que l’on prouve la marche en marchant, la preuve de la vérité de la connaissance scientifique est apportée par l’efficacité de la science, en tant qu’elle permet aux hommes de résoudre les problèmes qui se posent à eux et d’améliorer leur condition dans la nature. La science moderne de la nature s’accompagne d’une partie pratique, la science appliquée, la technique comme technoscience, dont la réalité est indiscutable. La connaissance des lois de nature rend possible leur exploitation par l’homme. Par la science, écrit Descartes, l’homme devient « comme maître et possesseur de la nature ». La vérité scientifique se prouve donc par ses effets pratiques. Elle est validée toutes les fois que nous utilisons un objet technique qui n’existerait pas sans la science.

En dépit de cette preuve pratique, la prétention de la science à la vérité peut faire l’objet de contestations. C’est ce qu’on appelle le négationnisme, la négation délibérée de la vérité scientifique. Comprendre la démarche scientifique permet de comprendre les fondements de la prétention de la science à la vérité. Dans sa démarche de compréhension de la démarche scientifique, la théorie de la connaissance peut cependant aussi rencontrer des arguments qui vont dans le sens du scepticisme, la doctrine selon laquelle il est impossible de sortir du doute du fait de l’impuissance de la raison à prouver la vérité, voire du relativisme, la doctrine selon laquelle tout se vaut car tout est affaire de perspective, doctrine selon laquelle tous les discours qui prétendent à la vérité sont également valables dans la mesure où ils dépendent d’une perspective (d’un point de vue) irréductible aux autres perspectives possibles.

La théorie de la connaissance, sur la base de la connaissance de la raison en général et du rationalisme scientifique en particulier, conduit donc à plusieurs partis pris philosophiques possibles : scepticisme, relativisme, rationalisme (justification de la prétention de la raison à la vérité) et positivisme (la doctrine selon laquelle il n’y a de vérités que scientifiques).

La science est une connaissance rationnelle et empirique

Le point de départ de toute réflexion sur la science est la distinction entre connaissance empirique et connaissance purement rationnelle. La science est la connaissance rationnelle qui a pour objet la réalité empirique. La science au sens strict fait partie de la connaissance rationnelle, de la science au sens large. Les mathématiques font partie de la science au sens large mais pas de la science au sens restreint. Les mathématiques représentent pour la science une connaissance purement rationnelle qui constituent un outil de la connaissance scientifique. La réalité empirique est la réalité dont on prend directement connaissance par l’intermédiaire des sens. C’est ce qu’on appelle « réalité », si on entend par là la réalité du monde extérieur dont nous percevons l’existence au moyen de nos cinq sens (Dieu, en ce sens, ne fait pas partie de la réalité).

Les notions « empirique » et « expérience » sont relatives à la notion d’expérience, laquelle, dans le contexte de la philosophie de la connaissance, désigne le rapport à la réalité par l’intermédiaire des sens. Il existe une ambiguïté de la notion d’expérience, puisque celle-ci peut aussi désigner l’expérience vécue et le savoir acquis par l’accumulation des expériences vécues. Ce n’est pas en ce sens là que la science est une connaissance empirique. La différence entre la connaissance de l’agronome qui n’a jamais cultivé la terre et celle du paysan traditionnel tient au fait que la connaissance du premier est scientifique, rationnelle, tandis que celle du second est purement empirique, fondée sur l’accumulation des expériences vécues. La connaissance scientifique est dite « empirique », à la différence des mathématiques ou de la théologie rationnelle, du fait qu’elle à pour objet la réalité empirique, la réalité que nous appréhendons d’abord et nécessairement par l’intermédiaire des sens.

La théorie de la connaissance distingue parmi les connaissances rationnelles, les connaissances a priori, les connaissances qui, comme les mathématiques, ne dépendent absolument pas des sens, et les connaissances a posteriori, les connaissances qui, bien qu’établies par la raison, dépendent des données fournies par les sens, c’est-à-dire principalement des données de l’observation. Les sciences ne peuvent se passer ni de la raison, qui construit les hypothèses et les théories, ni des sens, qui fournissent les données à partir desquelles ces hypothèses et ces théories sont construites. Dire que la science est une connaissance empirique signifie que toute connaissance scientifique commence nécessairement par l’expérience, c’est-à-dire par l’observation de la réalité du monde extérieur. La recherche scientifique, comme le soulignait Descartes, consiste à étudier non les livres, mais le grand livre de la nature.

La science se définit d’abord par son objet, la réalité empirique, la réalité du monde extérieur qu’on appelle « la nature ». Les différentes sciences empiriques sont baptisées en fonction de la partie ou de l’aspect de la réalité empirique qu’elles étudient, la science de la vie, la science de l’histoire, de la société, etc. La philosophie n’est pas une science, car sa démarche est celle de la réflexion, la connaissance de l’esprit par lui-même. La logique, par exemple, est une connaissance rationnelle rigoureuse mais qui n’a pas pour objet la réalité empirique. Objection possible : la psychologie, qui signifie littéralement l’étude de l’âme. Précisément, le problème épistémologique de la psychologie scientifique est de définir la méthode pour observer et expliquer scientifiquement ce qu’on ne peut observer directement, à savoir la dimension d’intériorité de la conscience. Cela pose plus généralement le problème des limites de la connaissance scientifique de l’homme. L’homme est certes une réalité empirique mais il est impossible de connaître l’homme sans comprendre le sens de ses actions, lequel dépend de la vie de l’esprit.

Connaissance empirique et vérités de fait

Lorsque l’objet de la connaissance est la réalité du monde extérieur, « vérité » signifie adéquation (de la proposition ou de la théorie) au réel, et non plus exclusivement cohérence de l’argumentation ou de la démonstration qui prouve la proposition ou la théorie. Dans les sciences comme dans le journalisme, l’objectivité consiste à présenter la réalité telle qu’elle est. On appelle vérités de fait ou vérités empiriques les vérités qui ne sont pas de pures connaissances rationnelles mais qui font connaître la réalité telle qu’elle est, ce qui arrive (ou de ce qui est arrivé) dans le monde. Une proposition est vraie si elle correspond à la réalité telle qu’elle est ; elle est fausse si elle ne correspond pas à la réalité.

Le postulat du déterminisme scientifique

La science ne peut pas être définie exclusivement par son objet. Elle se caractérise par une démarche, le caractère rationnel de l’étude du réel. La démarche scientifique consiste à décrire et à expliquer la réalité étudiée.

Décrire consiste à dire ce qu’on voit. L’enquête scientifique consiste d’abord à observer les « phénomènes » de la nature (les choses telles que nous les percevons spontanément, la réalité telle qu’elle se présente à nos sens). Cette partie description est essentielle. La science de la vie, par exemple, est dépendante de la diversité des formes de vie découvertes. L’accumulation des faits observés constitue la base de données à partir de laquelle l’esprit scientifique peut concevoir des hypothèses et des théories.

Néanmoins, comme l’écrit le mathématicien et physicien français Henri Poincaré, « une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison. ». Décrire la réalité, établir les faits, est l’élément commun à l’enquête journalistique et à l’enquête scientifique. L’enquêteur témoigne pour nous d’une réalité que nous ne pouvons pas observer directement par nous-mêmes. Sur la base de ses observations, il construit le récit par lequel nous accédons à cette réalité. A la différence du journaliste cependant, le scientifique n’étudie pas la réalité pour la décrire mais pour l’expliquer. Il applique à la réalité observée le principe de raison, principe selon lequel « rien n’est sans raison ». Pourquoi les phénomènes se produisent-ils ? Pourquoi apparaissent-ils, se conservent-ils et disparaissent-ils ? La recherche scientifique est une recherche des causes qui expliquent ce que nous voyons. Plus exactement, la recherche scientifique telle que la conçoit la science moderne se fonde sur une théorie de la causalité qui n’est pas elle-même une connaissance scientifique mais qui est la condition qui rend possible la recherche et la connaissance scientifiques : ce qu’on appelle le postulat du déterminisme scientifique.

Un postulat est une proposition qu’il faut admettre sans pouvoir la démontrer. Le postulat du déterminisme scientifique consiste à admettre comme fondement de la recherche l’idée selon laquelle tout ce qui arrive dans la nature (les phénomènes ou faits observés) est déterminé (causé) par un mécanisme naturel (des causes à la fois naturelles et mécaniques). Ce postulat qui commande l’explication scientifique vise à exclure deux conceptions de la causalité et de l’explication qui sont le plus souvent associées : l’explication par des causes surnaturelles et l’explication par des finales. Pour le dire autrement, la recherche scientifique exige l’interdiction de l’explication des phénomènes par le surnaturel et par le finalisme, explication qui, à la lumière du postulat du déterminisme scientifique, apparaît comme une explication irrationnelle, une explication qui relève de ce qu’on appelle « la superstition ». L’archétype de l’explication irrationnelle est la croyance aux miracles : croire en la possibilité du miracle consiste à postuler qu’un phénomène (une guérison par exemple) puisse avoir une cause surnaturelle, en l’occurrence l’intervention providentielle de la volonté de Dieu dans la nature. La science n’exclut pas la foi, mais elle exclut par principe qu’un événement du monde puisse s’expliquer par une cause qui ne fasse pas elle-même partie de la nature. Le scientifique peut dire qu’une guérison demeure inexpliquée, non qu’elle est inexplicable. En tant que scientifique, il lui faut penser qu’il n’y a pas de guérison miraculeuse mais seulement des guérisons naturelles que la science n’est pas encore en mesure d’expliquer.  

La science repose donc sur une croyance rationnelle, sur l’idée indémontrable que tout ce qui dans la nature n’est pas encore expliqué est explicable par les lois de la nature (des lois causales naturelles que la science a pour fonction de découvrir).

Point essentiel : le postulat du déterminisme scientifique exclut a priori ce qu’on appelle le finalisme, l’explication des phénomènes par les causes finales. Le finalisme a notamment été caractérisé et critiqué au nom du déterminisme scientifique par Spinoza.

La question « Pourquoi les phénomènes naturels se produisent-ils ? » signifie en réalité pour le scientifique : « Comment (par quels mécanismes) les phénomènes naturels se produisent-ils ? » Il existe en effet deux types d’explications, l’explication par les causes finales et l’explication par les causes mécaniques. L’explication qui nous est la plus familière est l’explication par les causes finales, parce qu’elle correspond à l’explication que nous donnons de nos propres actions et de celles des autres hommes. Poser la question « Pourquoi ? » à propos d’une conduite humaine, consiste à se demander : « Quelle est la finalité de cette action ? Quelle est la fin (le but) poursuivie ? » Expliquer une action par la finalité revient à en indiquer le sens. Expliquer, en ce sens, c’est comprendre, ou interpréter, le sens de ce qui arrive. Une telle explication n’a cependant rien de scientifique. Elle met en œuvre le principe de raison (« rien n’est sans raison ») mais non pas le postulat du déterminisme scientifique. Postuler le déterminisme scientifique signifie interpréter la question « Pourquoi ? » comme l’équivalent de la question « Comment ? » : « Quel mécanisme (quelle cause mécanique) a produit ce qui arrive ? » Cela induit une explication qui commande de faire abstraction de la finalité. Expliquer, chercher le mécanisme naturel qui est la cause de ce qui arrive, ce n’est pas la même opération intellectuelle que comprendre, chercher le sens, la finalité de ce qui arrive.

Pour produire l’explication d’un phénomène, il faut éliminer l’explication par la finalité, une explication qui n’explique rien. La question « Pourquoi le tremblement de terre s’est-il produit ? » ne doit pas être interprétée comme signifiant : « Quel est le sens du tremblement de terre ? » Elle signifie : « Quel est le mécanisme invisible qui a provoqué le tremblement de terre ? »

On appelle « finalisme » la démarche qui consiste à expliquer les phénomènes naturels par la finalité, comme si leur existence était le produit d’un projet, d’une fin conçue par une intelligence et réalisée par une volonté. L’esprit humain incline au finalisme pour la raison qu’a précisément identifiée Spinoza : « Les hommes supposent communément que toutes les choses de la nature agissent, comme eux-mêmes, en vue d’une fin ».  Le finalisme est associé à l’explication par le surnaturel. Les phénomènes naturels ont un sens s’ils sont l’œuvre d’esprits invisibles agissant dans la nature. Concevoir Dieu comme le Créateur de la nature peut conduire à expliquer tout ce qui arrive dans la nature comme l’œuvre de la Volonté de Dieu, lequel réalise ainsi son projet pour le monde (la Providence, le plan de Dieu). Cela conduit à interpréter les événements comme des signes au lieu d’en chercher les causes. Spinoza fait apparaître le finalisme, la conception selon laquelle les événements du monde ont un sens, comme une démarche irrationnelle de l’esprit humain dont celui-ci doit se défaire pour adopter l’esprit scientifique, seul à même de produire une connaissance authentique, la connaissance rationnelle des mécanismes naturels qui expliquent les faits observés.

Le problème de la connaissance

La démarche scientifique a été présentée par Einstein sous la forme d’une métaphore. Le scientifique cherchant les lois causales des phénomènes est comme un homme placé devant une montre dont le boitier est fermé et dont il faudrait connaître le mécanisme caché (à l’intérieur du boitier) à partir de l’observation directe et immédiate du mouvement des aiguilles de la montre sur le cadran. Le mécanisme de la montre illustre les lois de la nature invisibles que le scientifique doit dévoiler (par exemple le mécanisme de la tectonique des plaques qui est la cause du tremblement de terre), le mouvement visible des aiguilles sur le cadran illustre les phénomènes que l’on peut décrire, les données de l’observation. La description est nécessaire mais non suffisante : la finalité de la démarche scientifique est l’explication des phénomènes par les lois de la nature. La description ne fournit pas l’explication. Il faut ajouter aux données de l’observation l’imagination scientifique, l’activité de l’esprit qui conçoit les hypothèses et les théories permettant d’expliquer ce qu’on observe. Le problème de la connaissance tient au fait que le mécanisme dont on fait la théorie n’est pas lui-même une donnée de l’observation. Comment prouver la vérité d’une théorie du mécanisme caché ? Comment prouver que la théorie de la réalité produite par l’esprit du scientifique à partir des données de l’observation correspond à la réalité telle qu’elle est ?

La méthode scientifique : la critique du vérificationnisme

La science peut se définir par sa méthode, la méthode qui administre la preuve de la vérité d’une hypothèse ou d’une théorie scientifique. Seule une théorie de la méthode, ou théorie de la preuve, permet de distinguer ce qui est de la science de ce qui n’en est pas, une théorie scientifique d’une théorie non scientifique ou pseudo-scientifique. Pour comprendre la science et la valeur de la science, pour comprendre pourquoi une vérité scientifique doit être considérée comme telle, il faut comprendre la méthode scientifique. Cette méthode est la méthode expérimentale.

L’épistémologue Karl Popper a proposé une théorie de la méthode scientifique fondée notamment sur l’observation de la pratique scientifique du physicien Albert Einstein. La thèse de Popper, en apparence paradoxale, est que la méthode scientifique ne prouve pas la vérité mais l’erreur. La méthode expérimentale est la méthode qui utilise l’observation comme preuve de l’erreur. Les expressions « vérification par l’expérience », « hypothèse ou théorie vérifiée par l’expérience », pourtant usuelles chez les scientifiques, sont à la fois inexactes et trompeuses.

Popper critique ce qu’il appelle le « vérificationnisme », la théorie spontanée de la méthode selon laquelle l’observation servirait à prouver la vérité d’une idée. Cette théorie spontanée de la connaissance est la racine de ce qu’on appelle aujourd’hui « le biais de confirmation », source de l’enracinement de nos préjugés. Le biais de confirmation est une sorte de filtre ou de lunette déformante de la pensée qui nous conduit à chercher dans la réalité les faits qui viennent « vérifier » ou « confirmer » ce qu’on pense déjà.

Cette théorie fausse de la méthode trouve une formulation philosophique dans ce qu’on appelle l’empirisme, la théorie de la connaissance selon laquelle toutes nos idées viennent des sens, toute la connaissance découle de l’observation. Selon l’empirisme, l’observation, fondement de la démarche scientifique, génère par « induction » la théorie : ce qui signifie que la théorie, générale par définition, est produite par généralisation sur la base des observations particulières. Une fois la théorie obtenue, toute nouvelle observation qui confirme la théorie peut être considérée comme une « preuve » de sa vérité. Pour montrer la fausseté de cette théorie de la connaissance (l’induction n’est pas un bon raisonnement et la confirmation par l’expérience n’est pas une preuve de vérité), Popper prend l’exemple simple de la proposition « Tous les cygnes sont blancs ». Cette proposition générale (« Tous les… ») semble obtenue par généralisation des observations particulières (la plupart des cygnes sont blancs), et toute nouvelle observation d’un cygne blanc pourrait être considérée comme une nouvelle preuve de vérité. Or cette proposition est fausse : il existe des cygnes noirs. L’observation d’un seul cygne noir prouve avec certitude l’erreur de la proposition « Tous les cygnes sont blanc », tandis que l’accumulation des observations de cygnes blancs ne peut absolument pas prouver la vérité de cette proposition. D’où l’affirmation de Popper : « Les théories ne sont jamais vérifiables empiriquement » (c’est-à-dire par le recours à l’observation).

La démarche scientifique ne consiste pas à accumuler les faits pour en tirer des généralités selon la méthode de l’induction. Elle prend certes comme point de départ les données de l’observation. Mais l’esprit scientifique ne généralise pas, il crée. On parle de « l’imagination scientifique » pour désigner la créativité d’un esprit qui conçoit des hypothèses ou des théories auxquelles nul n’avait pensé avant lui. La théorie est une « vue de l’esprit » non le résultat mécanique et contraint d’une opération de généralisation à partir de l’accumulation des faits.

La méthode expérimentale, l’expérimentation, est la méthode qui permet de tester la valeur de vérité de cette vue de l’esprit que constitue l’idée qui a germé dans l’esprit du scientifique. Tester une théorie signifie l’exposer à la contradiction par l’expérience : cela consiste à chercher non pas l’observation qui vérifie mais celle qui contredit (qui réfute, qui falsifie, c’est-à-dire qui prouve la fausseté.) D’où l’idée selon laquelle une théorie est scientifique si et seulement si elle est falsifiable par l’expérience. Une théorie est scientifique si n’importe quel scientifique peut la tester au moyen de la méthode expérimentale, méthode qui soumet la théorie à la recherche systématique de l’observation qui la réfute.

Cette théorie de la science, qui fait du caractère falsifiable d’une théorie le critère de démarcation entre science et non science, Popper la nomme « faillibilisme ». Elle implique en effet qu’une théorie scientifique ne peut jamais prétendre avec certitude à la vérité, puisqu’elle reste constamment exposée à la réfutation par une nouvelle observation qui viendrait la réfuter. Cette idée, toutes nos connaissances sont faillibles, semble proche du scepticisme. La thèse de l’asymétrie entre l’erreur et la vérité interdit cependant d’être sceptique : la preuve de l’erreur est certaine, de sorte que si on ne peut prouver avec certitude qu’une théorie est vraie, on peut prouver avec certitude qu’elle est fausse. Quand on affirme qu’une théorie scientifique est une vérité, on veut dire en réalité qu’elle est la seule théorie qui possède une valeur de vérité, dans la mesure où il est prouvé que les théories concurrentes sont fausses. Ce qui signifie qu’elle est la théorie qui présente l’image la plus exacte (que l’esprit scientifique puisse concevoir) du « mécanisme caché » qui explique les phénomènes que nous observons.

Qu’est-ce que la méthode expérimentale ?

Pour bien comprendre cette théorie selon laquelle tester la valeur de vérité d’une hypothèse ou d’une théorie consiste à chercher à prouver qu’elle est fausse, il faut décrire la nature de la méthode expérimentale. Le biologiste Claude Bernard en a fourni une description, relative bien entendu à sa propre pratique scientifique. Il faut distinguer, précise-t-il, trois étapes dans la méthode expérimentale. La première étape est celle de l’observation. Elle est bien entendu indispensable, mais l’accumulation des données de l’observation ne fournit en elle-même ni théorie explicative, ni a fortiori la preuve d’une théorie quelle qu’elle soit. La deuxième étape est celle de la conception de l’hypothèse par le scientifique. Le scientifique dispose alors d’une idée d’explication mais il n’a aucune garantie qu’il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit. Le doute méthodique impose la conception d’un test, le test expérimental. La troisième étape est donc celle de l’expérimentation, qui est recherche méthodique d’une observation qui falsifie l’hypothèse. L’expérimentation est construite à partir de la théorie et l’observation recherchée s’en déduit : c’est ce qu’on appelle la méthode hypothético-déductive, qui consiste à déduire une observation possible d’une hypothèse théorique.

Pour le dire simplement, la déduction d’une observation possible de la théorie correspond à ce qu’on appelle « prévision scientifique ». La prévision scientifique consiste à anticiper un événement futur non par « divination » ou « voyance », comme dans la prédiction ou dans la prophétie, mais sur la base de la connaissance théorique d’une loi causale : l’identification d’un mécanisme par la théorie (l’hypothèse explicative) permet de déduire un effet attendu de ce mécanisme susceptible d’être observé. Lorsqu’une prévision scientifique ne se réalise pas, l’observation de l’absence de l’effet attendu par la théorie prouve avec certitude que celle-ci est au moins partiellement erronée. C’est ce mode d’administration de la preuve qu’utilise la méthode expérimentale. Concevoir un test consiste à anticiper un effet attendu par la théorie et observable au moyen d’une expérience. L’observation de la réalisation de l’effet attendu (la prévision confirmée) ne prouve pas avec certitude la vérité de la théorie, mais l’observation d’un fait non conforme à l’effet attendu prouve avec certitude que la théorie (la loi causale identifiée par le scientifique) est fausse.

Un exemple. Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865)

Claude Bernard relate les tests expérimentaux qui l’ont mis sur la voie de l’une des ses découverte, la fonction glycogénique du foie (l’une des fonctions du foie est de libérer du glucose dans l’organisme de sorte que nous avons constamment du sucre dans notre sang). Étudiant la nutrition et la transformation des aliments à partir de la digestion, il a d’abord focalisé son attention sur le sucre. Il est parti de l’hypothèse selon laquelle la présence du sucre dans le sang devait avoir pour origine le sucre ingéré avant la nutrition. Il présente son hypothèse comme une « idée préconçue » Le doute méthodique exige de la tester expérimentalement. L’expérience consiste à donner à un chien une soupe au lait sucré. « L’hypothèse expérimentale n’est que l’idée scientifique, préconçue ou anticipée », écrit Claude Bernard. L’hypothèse expérimentale est que le sucre ingéré est la cause de la présence du sucre dans le sang, de sorte que l’expérimentation a le sens d’une prévision. La prévision déduite de l’idée préconçue est que le sucre devrait être retrouvé dans le sang après digestion.

L’effet attendu est observé, de sorte que l’hypothèse paraît vérifiée par l’expérience. Claude Bernard écrit : « Il était tout naturel et, comme on dit, logique, de penser que ce sucre trouvé dans les veines sus-hépatiques était celui que j’avais donné à l’animal dans sa soupe ». Et pourtant, il prend la décision de douter de cette confirmation qui le conforte dans son hypothèse. Il ne tient pas la vérification expérimentale comme une preuve de la vérité de son idée. Il conçoit alors une « expérience comparative » : il prend un autre chien auquel il donne de la nourriture non sucrée afin d’en examiner le sang après digestion. D’après son idée du mécanisme naturel à l’œuvre, l’effet attendu est cette fois l’absence de sucre dans le sang. Mais le résultat observé n’est pas conforme à cette prévision : « mon étonnement fut grand quand je constatai que ce sang contenait également du sucre chez l’animal qui n’en avait pas mangé ». Ce nouveau fait observé, qui dément la prévision déduite de l’hypothèse initiale est considéré par Claude Bernard comme une preuve définitive de son erreur. La confirmation par l’expérience n’était pas une preuve, la réfutation par l’expérience en est une. La conséquence est l’abandon de l’hypothèse : « j’abandonnai toutes mes hypothèses sur la destruction du sucre pour suivre ce fait nouveau et inattendu. »

Méthode scientifique et esprit critique

Cet exemple illustre la théorie de Karl Popper, selon laquelle le scientifique cherche à travers l’expérimentation à exposer sa croyance (son hypothèse, son « idée préconçue ») à la contradiction par l’expérience. La méthode expérimentale fait de l’esprit critique le moteur du progrès de la connaissance scientifique. « je suis convaincu qu’en physiologie il faut toujours douter, écrit Claude Bernard, même dans les cas où le doute semble le moins permis ». Le scientifique illustre ainsi le propos du philosophe Alain : « Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit. » Le bon scientifique estime Claude Bernard doit douter non seulement pour bien penser, mais aussi pour bien observer : « Les hommes qui ont une foi excessive dans leurs théories ou dans leurs idées sont non seulement mal disposés pour faire des découvertes, mais ils font aussi de très mauvaises observations. Ils observent nécessairement avec une idée préconçue, et quand ils ont institué une expérience, ils ne veulent voir dans ses résultats qu’une confirmation de leur théorie. »

L’expérimentation consiste pour le chercheur à contester ses propres idées : elle est l’expression du doute méthodique. S’il ne fait pas lui-même ce travail critique, ses collègues et concurrents s’en chargeront, construisant les tests expérimentaux destinés à réfuter ses idées. La réfutation expérimentale des hypothèses et des théories constitue ainsi le moteur de la science, qui progresse, affirme Popper, par essais et erreurs. La preuve de l’erreur étant certaine et définitive, les théories fausses sont abandonnées, permettant à la recherche de se réorienter, d’essayer de nouvelles théories. En l’absence de possibilité de recourir à la méthode expérimentale, en revanche, les erreurs de jugement ne peuvent être dévoilées, de sorte qu’il n’y a pas de progrès possible dans la connaissance. L’esprit humain peut alors suivre sa pente naturelle, qui n’est pas la pratique de l’esprit critique mais le vérificationnisme.

Qu’est-ce que la vérité scientifique ?

S’il n’y a dans les sciences de preuve que de l’erreur, et non de la vérité, faut-il encore parler de « vérité scientifique » ? Ce qui fait la valeur de la science, c’est la découverte des lois causales ou mécanismes qui permettent d’expliquer la réalité telle qu’elle nous apparaît. Les théories valent pour la richesse de l’information qu’elles donnent sur le monde. Plus une théorie est explicative, plus elle est prédictive (apte à fournir des prévisions), et plus elle est falsifiable, c’est-à-dire exposée à la contradiction par l’expérience. Ce n’est pas la certitude définitive de la vérité qui fait la valeur scientifique d’une théorie. Une théorie dont on peut tirer des prévisions a cependant une plus grande valeur de vérité, elle est davantage en adéquation avec la réalité telle qu’elle est, qu’une théorie qui ne permet pas de faire des prévisions précises, ce qui veut dire qu’elle n’a pas de prise sur la réalité. Le concept privilégié par la science est celui d’exactitude. La théorie considérée comme vraie est celle qui fournit l’image la plus exacte de la réalité telle qu’elle est (qu’on ne pourra jamais connaître). A mesure qu’elle élimine ses erreurs grâce à la méthode expérimentale, la science construit une image toujours plus exacte de la réalité. Mais la vérité définitive, l’adéquation parfaite de la théorie avec la réalité telle qu’elle est, demeure un idéal à jamais inaccessible. Du point de vue de la science, c’est moins la certitude de la vérité qui importe que la perspective du progrès de la connaissance.

« Toutes nos connaissances sont conjecturales«  (hypothétiques), affirme Popper. Ce qui signifie qu’elles sont incertaines et provisoires. Il est paradoxal d’affirmer que la vérité puisse être incertaine et provisoire. N’est-ce pas donner raison au scepticisme, pour lequel il n’y a pas de vérités mais des croyances plus ou moins vraisemblables et toujours douteuses ? N’est-ce pas donner raison au relativisme, à l’idée selon laquelle il est impossible de trancher, en l’absence de certitude, entre le discours de la science et le discours qui conteste la science ? La science ne reconnaît-elle pas elle-même le caractère provisoire de ses théories ?

La réponse à ces objections contre la science réside dans la juste compréhension du rôle de la méthode expérimentale. Elle prouve l’erreur avec certitude. La certitude négative à laquelle parvient la science permet de faire le ménage dans la pensée en balayant définitivement les croyances fausses. La vérité est approximative et provisoire mais l’erreur est certaine et définitive, de sorte que l’histoire des sciences revêt l’aspect d’un cimetière de théories définitivement mortes. On ne reviendra jamais à la physique d’Aristote, qui pensait que les corps lourds tombent plus vite que les corps légers, ni à la conception de l’âge de la Terre estimée d’après la Bible à 6000 ans. A cet égard le doute n’est pas permis, ce qui réfute le scepticisme et le relativisme.

Méthode de la dissertation.

Les règles fondamentale pour la rédaction d’une dissertation :

1) La rédaction ne doit comporter aucun titre ni aucune numérotation.

2) Il faut distinguer l’introduction (la présentation du problème) du développement (la réponse argumentée) en sautant une ou deux lignes, éventuellement en consacrant un petit paragraphe à l’annonce du plan.

3) L’introduction doit présenter le thème (de quoi va-t-on parler ?), à l’aide d’une définition; puis montrer que le sens de la question a été compris, au moyen d’une reformulation, voire en formulant plusieurs questions pour bien cerner le sujet; enfin et surtout, il est indispensable de montrer que le problème vient de la possibilité d’apporter à la question posée des réponses contradictoires (qu’il faut annoncer). Ces trois étapes peuvent suffire, mais il est possible d’ajouter une phrase pour indiquer l’enjeu, c’est-à-dire pour souligner l’importance du sujet ainsi qu’une annonce de plan en bonne et due forme.

4) Le plan classique du développement est un plan en trois parties. Dans un premier temps, il faut annoncer, présenter et justifier la thèse, c’est-à-dire le parti pris choisi. Puis il faut soumettre cette thèse à un examen critique, en développant des objections, les raisons de douter: c’est le moment de l’antithèse. Enfin, il faut une synthèse, une réponse aux objections qui intègre leur part de vérité et permette une reformulation nuancée de la thèse.

6) Les parties du développement doivent être séparées par une ou deux phrases de transition. La transition est un petit paragraphe qui prend appui sur la partie qui précède et annonce celle qui suit. Elle a pour fonction de mettre en question (par la formulation d’une question ou/et d’une objection) ce qui vient d’être présenté comme une vérité. La transition est indispensable : elle montre qu’il y a un fil conducteur dans la réflexion (que la problématique n’est pas oubliée en cours de route); elle permet de mettre en scène le doute méthodique, l’esprit critique qui s’interroge, et de présenter des idées contradictoires sans se contredire.

7) Chacune des trois parties, idéalement, doit comprendre trois paragraphes. Le paragraphe conclusif formule une réponse à la question justifiée par les arguments présentés dans les deux premiers paragraphes. Une partie est un raisonnement qui comprend, comme tout raisonnement, des prémisses (ce qui prépare la conclusion) et une conclusion (l’idée forte, la thèse, que l’on tire des prémisses). Les prémisses sont les données solides, indiscutables (ce que tout le monde devrait admettre), qui servent de point d’appui pour tirer la conclusion et donner à celle-ci toutes les apparences de la vérité. Les données sur lesquelles on peut s’appuyer sont soit factuelles (les faits que tout le monde peut observer, constater), soit théoriques (les notions philosophiques élémentaires sur lesquelles toute réflexion peut s’appuyer). Idéalement, il est préférable de partir du fait pour introduire les idées permettant d’éclairer ce fait et de formuler une conclusion.

8) Une conclusion générale est possible, mais facultative. Elle consiste à récapituler le parcours, c’est-à-dire les trois étapes du développement.

Devoir du 29 novembre

Devoir sur 30 points en trois parties.

I – Exercice d’argumentation. L’amour est-il possible sans justice ? (10 points)

Développez une réponse argumentée en 10 ou 15 lignes. Cet exercice peut être fait à la maison, donc être déjà rédigé le jour du DS.

Sens de la question. L’amour désigne ici l’amour au sens strict, les relations amoureuses au sein du couple, ou bien, dans un sens plus large, l’amitié et les relations au sein de la famille. Il s’agit donc de réfléchir au rôle de la justice dans la communauté amoureuse, amicale ou familiale (les trois pouvant servir d’illustration). Cela implique de réfléchir au sens de la notion de justice, une notion relative aux relations qui s’établissent entre les hommes.

II – Exercice d’argumentation (10 points).

La question sera donnée le jour du DS. Elle portera sur un thème du Gorgias de Platon et appellera également une réponse argumentée en 10 ou 15 lignes.

III – Exercice de lecture (10 points)

Il s’agira de répondre brièvement à quelques questions portant sur le Gorgias de Platon.

Quiconque n’apportera pas son livre aura d’office zéro. Les excuses, les téléphones portables et les absences non justifiées ne seront pas tolérés.

Semaines du 2 au 13 octobre

Texte de Kant

Dans la première phrase du texte, Kant définit l’appellation par laquelle les philosophes du 18e siècle caractérisaient leur siècle et sa place dans l’Histoire : « Les lumières se définissent comme la sortie de l’homme de l’état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. » Ce qui signifie que le siècle des Lumières est ainsi nommé parce qu’il a vu se diffuser l’esprit critique permettant à l’homme de se libérer des préjugés. Sans l’esprit critique, l’humanité est comme l’enfance, condamnée à penser sous l’influence d’une autorité.

La minorité, au sens juridique, est l’irresponsabilité associée à l’incapacité de se servir de sa raison sans être guidée par la raison d’autrui. C’est pourquoi le mineur a besoin d’un tuteur, l’adulte apte à penser à sa place et qui pourra être responsable pour lui. L’enfant n’est toutefois pas responsable de sa minorité. L’homme adulte, apte à penser par lui-même, qui renonce à user de sa faculté de penser, doit en revanche être tenu pour responsasable de l’état de minorité dans lequel il se maintient volontairement.

La référence aux « lumières » que l’on oppose à l’obscurantisme de l’ignorance et de la superstition a donc avant tout, selon Kant, une signification morale. Les lumières se définissent par un impératif qui exprime, comme dans le texte de Pascal, le premier devoir de l’homme : il faut penser par soi-même ! « Sapere aude ! [Ose être sage !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières. » L’esprit critique et la faculté de penser par soi-même ne sont pas donnés à l’homme, lequel commence sa vie dans les préjugés, sous l’influence des adultes qui autour de lui pensent à sa place. On retrouve dans le texte de Kant l’idée qu’il faut travailler à bien penser, mais cette idée est associée à l’exigence de liberté. Pour vouloir la vérité, le savoir et la sagesse, il faut vouloir se libérer des préjugés, s’émanciper des autorités qui maintiennent l’esprit des hommes sous tutelle.

Si penser est un devoir, c’est qu’il existe en l’homme deux dispositions qui le conduise à préférer l’état de minorité, la soumission à une autorité qui dispense du travail de la pensée : la paresse et la lâcheté. la paresse intellectuelle est le goût du moindre effort dans le domaine de l’esprit. Penser est une activité, une activité pénible, car il faut consentir au doute et à la recherche nécessaire à la production du jugement qui permet d’en sortir. Il est plus confortable de s’en remettre au jugement d’autrui, dans tous les domaines. La lâcheté consiste à céder à la peur de la liberté. Tous les pouvoirs ont intérêt à agiter cette peur de la liberté, justifiant leur autorité par leur souci du bonheur des gouvernés, à l’image de la bienveillance du père de famille à l’égard de ses enfants, voire à celle du bon berger qui guide le troupeau.

Le paternalisme du pouvoir fait ainsi écho à l’état de minorité de celui qui consent à être guidé par la volonté et la raison d’autrui. Contre le paternalisme, le libéralisme des lumières conçoit le projet d’une éducation de la liberté par la liberté : comme l’apprentisage de la marche, l’apprentissage de la pensée, qui est comme la marche une faculté naturelle, suppose la liberté et l’acceptation d’une part de risque. Au prix de quelques chutes et de quelques erreurs, il est possible d’apprendre par soi-même, de se cultiver, de progresser dans tous les domaines de la pensée et de l’action.

Texte de Tocqueville

Peut-on penser sans préjugés ? Tocqueville estime que non (2ième paragraphe) : « On ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. » Pour vivre et pour agir, il est nécessaire de croire sans savoir, d’admettre de nombreuses idées ou informations sans pouvoir examiner par soi-même, faute de temps et de compétence, leur validité. La compétence de l’homme le plus savant porte toujours sur un domaine restreint, de sorte qu’il est impossible d’échapper aux idées reçues. Kant a beau dire que se laisser dicter un régime par le médecin est une forme de paresse intellectuelle, il est préférable, quand on a un problème de santé, de reconnaître la compétence et l’autorité du médecin, d’écouter ses conseils plutôt que d’établir par soi-même le diagnostic et les prescriptions.

Quand il évoque la démocratie en Amérique, Tocqueville cherche en réalité à comprendre la nature et l’avenir des sociétés modernes. Il écrit au 19e siècle, après le siècle des Lumières et la Révolution française. Aucun retour en arrière n’est possible, estime-t-il, le mouvement de l’histoire conduit à égaliser toujours davantage les conditions. La société démocratique se définit par l’égalité des conditions, et l’égalité des conditions signifie pour Tocqueville la reconnaissance de l’autre homme comme semblable, ni supérieur, ni inférieur en valeur. Dans la société moderne, il y a toujours des riches et des pauvres, mais pauvres et riches tendent à se considérer comme égaux en valeur, au moins par nature. Les différences de valeur, quand on en fait, ne sont pas attribuées à l’inégalité naturelle entre les hommes, mais à la manière dont chacun conduit librement sa vie.

Dans ce texte, Tocqueville examine les conséquences de l’égalité des conditions sur la vie intellectuelle. Lorsque les hommes se considèrent comme égaux ou semblables, l’autorité intellectuelle devient plus difficile à exercer, les hommes tendent à adopter la règle des Lumières, qui est de penser par soi-même, de se servir de sa propre raison plutôt que de faire confiance aux conseils d’autrui. Mais cette tendance à penser par soi-même est contrariée par une autre tendance, la tendance à se laisser influencer par le jugement du public (du plus grand nombre). Ces deux tendances contradictoires sont favorisées par l’égalité des conditions : « Dans les temps d’égalité, les hommes n’ont aucune foi les uns dans les autres, à cause de leur similitude ; mais cette même similitude leur donne une confiance presque illimitée dans le jugement du public ; car il ne leur paraît pas vraisemblable qu’ayant tous des lumières pareilles, la vérité ne se rencontre pas du côté du plus grand nombre« .

Dans la société moderne, les hommes ont, comme dans toutes les sociétés, besoin de préjugés, donc d’une autorité intellectuelle qui pense à leur place. L’autorité intellectuelle n’est toutefois pas la même, elle change de forme. L’autorité intellectuelle des sociétés pré-modernes était la tradition : les hommes admettaient de confiance, sans discussion, les croyances de leurs ancêtres. Dans les sociétés modernes, les principales autorités intellectuelles sont d’une part la science, qui dicte ce qu’il faut penser au nom de la raison (la compétence reconnue au médecin, par exemple, repose sur celle de la science), d’autre part l’opinion publique, qui dicte ce qu’il faut penser au nom de l’autorité démocratique de la majorité. Dans ce texte, Tocqueville met en garde contre la tyrannie intellectuelle de l’opinion commune, du conformisme de la pensée qui, dans les sociétés modernes, pourrait nuire à la vérité ainsi qu’à la liberté intellectuelle promue par les Lumières et la démocratie : « Je vois clairement dans l’égalité deux tendances : l’une qui porte l’esprit de chaque homme vers des pensées nouvelles, et l’autre qui le réduirait volontiers à ne plus penser. »

Définitions :

L’entendement : synonyme de « la raison », la faculté de penser ou de connaître.

Le préjugé : l’idée reçue d’un autre (d’une autorité). Les préjugés sont les croyances dogmatiques, c’est-à-dire les opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter.

L’autorité (l’autorité intellectuelle ou pouvoir spirituel) : le pouvoir d’influence, qui repose sur la confiance et qui consiste dans le pouvoir d’influencer les esprits sans recourir à la force. Exemple : l’autorité du parent sur l’enfant. L’autorité est souvent associée au pouvoir mais s’en distingue. Le pouvoir est pouvoir de contraindre et appelle l’obéissance; l’autorité est l’exercice d’un pouvoir d’influence qui repose sur la confiance de celui qui est influencé. Le modèle de l’autorité est précisément l’autorité du parent à l’égard de l’enfant, lequel pense sous influence parce qu’il place spontanément sa confiance dans le jugement de ses parents.

L’esprit critique : 1) le libre examen des croyances par la raison, afin de distinguer le vrai du faux. 2) L’exigence de penser par soi-même plutôt que de se laisser influencer par une autorité intellectuelle. 3) L’usage méthodique du doute, considéré comme moyen de mettre en question la certitude de la croyance. Les trois définitions sont à connaître et ne s’opposent pas entre elles. Chacune met l’accent sur une dimension de l’esprit critique, indissociable des deux autres : l’esprit critique se caractérise à la fois par l’examen rationnel, la volonté de se libérer des préjugés et par l’usage du doute qui permet d’établir la différence entre croire et savoir.

DS du vendredi 6 octobre

Le devoir sera noté sur 4o et comprendra quatre parties. La première partie est notée sur 12 points ; la deuxième sur 10 points; la troisième sur 8 points et la quatrième sur 10 points. Pour la première partie, ainsi que pour la troisième, les questions sont connues à l’avance. Vous pouvez donc préparer vos réponses mais il faudra les garder en mémoire, car vous n’aurez droit à aucun document. Pour ce qui est de la deuxième partie, le thème est connu (liberté d’expression et vérité), mais pas la question, une question de réflexion à laquelle il faudra répondre sous la forme d’un parti-pris argumenté. La quatrième partie est relative à la lecture du Gorgias : vous découvrirez les questions le jour de l’épreuve.

Première partie (12 points)

Lire de texte de Gérald Bronner et se préparer à répondre aux quatre questions ci-dessous.

Répondez à l’aide du texte à ces quatre questions :

1 – Quel privilège les habituels « diseurs de vérité », journalistes ou experts, ont-ils perdu ? Quelle est la cause de cette transformation ?

2 – Quels sont les phénomènes qui montrent que la facilité et l’égalité d’accès à l’information sur Internet ne favorisent pas nécessairement le progrès de la rationalité et la diffusion universelle de la connaissance ?

3 – « La vérité peut se débrouiller toute seule » : quel est le sens de cette affirmation ? Pourquoi cette formule fut elle reprise et érigée en slogan par les militants de l’usage de l’Internet à ses débuts ?

4- Comment s’expliquent la multiplication des fausses informations et l’efficacité de leur diffusion dans la société actuelle ?

Deuxième partie (10 points)

Une question sur les rapports entre liberté d’expression et vérité. Une réponse argumentée en 10 ou 15 lignes sera exigée. Préparation : outre le texte de Bronner, prendre connaissance des arguments en faveur de la liberté de communication hérités des Lumières.

Troisième partie (8 points)

Faut-il une loi pour protéger la vérité scientifique contre le climatoscepticisme ? Présentez le problème et Justifiez votre réponse en vous servant des éléments ci-dessous (10 à 15 lignes)

Le projet

Une association de journalistes, QuotaClimat, et un groupe de réflexion, l’Institut Rousseau ont conçu le projet d’une loi susceptible de protéger la vérité scientifique du traitement de la question climatique par les médias et les réseaux sociaux. L’objectif est de réformer l’ARCOM (l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et du numérique), l’organisme qui veille à l’application du droit dans les médias et sur internet. Le projet comprend 9 articles, dont celui-ci (article 3), qui vise à confier à l’ARCOM le soin de veiller à la protection de la vérité scientifique : « l’Autorité de régulation […] veille, notamment, auprès des éditeurs de services de communication audiovisuelle, […] à ce que la programmation reflète le consensus scientifique, en particulier la nature anthropique du dérèglement climatique » Un autre article exige des médias qu’ils consacrent 20% des débats à la question du changement climatique durant les périodes électorales. Ce projet intéresse un groupe de députés qui réfléchit actuellement à l’éventualité et aux modalités de sa mise en œuvre.

L’objection

Même s’il n’est pas question de censure mais de lutte contre la désinformation, la perspective d’une mise sous tutelle de la liberté d’expression au nom de la vérité et de l’intérêt général peut inquiéter. Le sociologue Laurent Cordonier, directeur de la fondation Descartes sur l’information et le débat public, n’est pas favorable, pour sa part, à une loi : « Même si la liberté de la presse n’est pas illimitée, notamment dans la loi de 1881, il faut être très prudent quand on y touche. Je ne suis ainsi pas sûr qu’il soit judicieux d’imposer à des médias un quota de temps à accorder à un sujet ou à un angle dans la façon de le traiter. » Légiférer sur cette question est d’autant moins nécessaire, selon lui, que «les médias sont en train de monter en compétence sur le sujet, avec une forme d’autorégulation de la profession qui va plutôt dans le bon sens». Considérant par ailleurs que les climatosceptiques sont également adeptes, souvent, du complotisme, «adopter une loi qui serait interprétée comme imposant une ligne aux médias ne ferait que nourrir ce sentiment».

Qu’est-ce que le climatoscepticisme ?

L’expression « climatoscepticisme » désigne les argumentations pseudo-scientifiques, servant certains intérêts économiques ou politiques, qui contestent le consensus scientifique sur la thèse selon laquelle le changement climatique est d’origine humaine.

Voici comment un article récent du journal Le Monde (Le climatoscepticisme, anatomie d’une mauvaise foi, 29 mai 2023) présente le discours dit « climatosceptique » :

« Démonter l’argumentaire climatosceptique s’apparente ainsi à un travail de Sisyphe. Il répond à la loi de Brandolini, bien connue des observateurs du monde de la désinformation, selon laquelle prouver l’absurdité d’un baratin se révèle bien plus coûteux en temps et en énergie que de le produire. Il suffit de quelques secondes d’ignorance satisfaite pour écrire qu’en 2023 il aurait neigé pour la première fois en Arabie saoudite, contrairement aux prédictions alarmistes sur le réchauffement climatique, comme se sont empressés de s’y employer de nombreux contempteurs de la science. Mais il faut se retrousser les manches et creuser l’histoire météorologique de la péninsule Arabique pour comprendre que les épisodes neigeux sont loin d’y être rares dans son Nord montagneux, et que leur fréquence croissante n’est peut-être pas sans lien avec le dérèglement des courants d’air polaire.

Mais ce serait tomber dans le piège de la rhétorique climatosceptique que de se contenter d’en éplucher les arguments un à un pour en montrer les imprécisions, les non-sens et les inepties. Il faut revenir à l’image d’ensemble, et souligner ce qui signe de manière bien plus caractéristique sa malhonnêteté : ses démonstrations sont totalement incompatibles entre elles. Le tableau n’est pas sans rappeler l’histoire du chaudron, sophisme immortalisé par Sigmund Freud : accusé d’avoir rendu un chaudron troué à son propriétaire, un homme dément le lui avoir emprunté, argue qu’il était de toute façon déjà troué, et soutient qu’il l’a rendu intact. « Chacune des objections prise séparément est bonne pour elle-même mais, mises ensemble, elles s’excluent mutuellement », relève le fondateur de la psychanalyse dans L’Interprétation des rêves.

Il en va du même du discours climatosceptique. Un pourfendeur du consensus scientifique peut défendre à la fois l’idée qu’il n’y a pas de réchauffement climatique, que celui-ci s’est interrompu en 1998, qu’il n’a rien d’anormal à l’échelle de la planète, et que les activités humaines n’en sont pas la cause, autant d’arguments qui s’excluent les uns les autres. Or, ce sont les mêmes personnes et, sur les réseaux sociaux, les mêmes comptes qui diffusent indifféremment ces mêmes messages – parfois dans la même journée. Sauf que, à la différence du sophisme cité par Freud, la rhétorique antiscientifique ne tient ni du trait d’esprit ni de la logique onirique. Elle signe au contraire une démarche très consciente, consistant à miner le consensus scientifique par tous les moyens possibles. C’est du moins l’une des hypothèses qui s’imposent naturellement. Aujourd’hui, certains acteurs cachés derrière des pseudonymes débitent des propos dont la sophistication et la mauvaise foi suggèrent une campagne organisée de désinformation. (…) Autre piste d’explication, guère incompatible, des arguments conçus à des époques différentes se sont agrégés. Le discours climatosceptique des années 1980 tendait à nier la réalité du dérèglement climatique ; aujourd’hui, face à l’indéniable, il cherche plutôt à contester son origine anthropique, autrement dit liée à l’activité humaine. Au lieu de s’être succédé, ces différents arguments continuent de circuler aujourd’hui en parallèle, comme autant de strates d’enfumage.

Enfin, le public climatosceptique a changé : comme l’a montré, fin avril, une étude de la Fondation Jean Jaurès, il ne s’agit plus d’experts en marge mais de citoyens imprégnés de défiance, complotistes, antivax et poutinolâtres. Or, le conspirationnisme s’accommode fort bien des discours contradictoires. Ainsi que l’a mesuré une étude de 2012, ceux qui croient que Lady Di a été assassinée sont les mêmes que ceux qui pensent qu’elle est encore vivante. Dans sa dystopie, la pensée complotiste accorde plus de crédit à deux contre-discours antithétiques qu’à une supposée vérité officielle. Le climat est aujourd’hui la victime collatérale de ce confusionnisme-là : dans un monde où, par principe, le consensus scientifique serait un mensonge, il devient tragiquement héroïque d’affirmer tout et son contraire. »

Quatrième partie (10 points)

Questions sur les 40 premières pages du Gorgias (Platon): lire de la page 121 à la page 164 (édition GF-Flammarion).

Semaines 18-29 septembre

La notion de vérité exprime deux idées: l’idée d’adéquation de la pensée ou du discours au réel sur lequel porte la pensée ou le discours; l’idée de cohérence (non-contradiction) de la pensée ou du discours. On voit que la notion de vérité, comme celle d’erreur, s’applique à la pensée et/ou au discours (oral ou écrit). L’idéal de vérité naît avec le langage qui exprime la pensée. Il n’y a d’erreur ou de vérité que dans les jugements, énoncés par des propositions, qui affirment ou nient quelque chose sur quelque sujet que ce soit.

Les sujets sur la vérité porte généralement sur le notion de vérité-adéquation. Cette notion d’adéquation vient de la formulation en latin, par Thomas d’Aquin (env. 1225-1274) de l’idée de vérité: « Veritas est adaequatio rei et intellectus (La vérité est l’adéquation de la chose et de l’intellect). » La vérité qualifie l’idée, conçue par l’esprit, qui est en adéquation avec la « chose » qu’elle exprime. Cette idée de vérité est mobilisée pour évoquer l’erreur et la vérité dans les sciences, le système d’information ou l’enquête policière, dans toutes les circonstances où le discours à pour but de décrire ou d’expliquer ce qui est, c’est-à-dire la réalité, ou un aspect de la réalité.

La cohérence logique est un critère de vérité plus général : il s’impose à tous les discours, scientifiques, mathématiques, théologiques, philosophiques, etc. la contradiction, l’erreur logique, a pour effet d’invalider le discours quel qu’il soit, qu’il ait ou non la réalité du monde pour objet. Une démonstration mathématique, par exemple, est un enchaînement de propositions cohérent; elle est vraie parce que cohérente, mais elle ne vise pas à décrire ou à expliquer une réalité. Un discours qui décrit ou explique la réalité doit être vrai dans les deux sens : une théorie scientifique doit, pour être vraie, à la fois être cohérente et correspondre à la réalité. Une proposition ou une théorie peut cependant être cohérente (ne pas être fausse d’un point de vue logique) sans que cela constitue pour autant une preuve de sa vérité au sens de la vérité-adéquation. Dans le domaine de la métaphysique, philosophie ou théologie, il est ainsi possible d’argumenter sans preuve, c’est-à-dire de chercher la cohérence, sans être en mesure de pouvoir prouver l’adéquation à la réalité. La cohérence de la théologie (le discours rationnel sur Dieu), par exemple, ne constitue pas une preuve de l’existence de Dieu. Les deux critères doivent être distingués. La proposition selon laquelle Dieu, l’être parfait par définition, est nécessairement infiniment bon, est une proposition cohérente, vraie parce que cohérente, que Dieu existe ou non. Cette cohérence ne constitue cependant pas en elle-même une preuve qu’il existe réellement un être parfait infiniment bon.

Définitions :

Jugement : acte de la pensée; le jugement est la décision de l’esprit qui consiste, après examen, à affirmer ou à nier quelque chose sur un sujet donné.

Proposition : énoncé de discours (oral ou écrit) qui exprime un jugement.

Vérité-adéquation : l’accord de la connaissance avec son objet; adéquation de l’idée avec la chose; la proposition ou la théorie (ensemble cohérent de propositions) qui correspond à la réalité telle qu’elle est. Ces trois formulations possibles de la même idée de vérité sont correctes.

Vérité-cohérence : l’association sans contradiction, dans une proposition ou un enchaînement de propositions, de deux ou plusieurs idées. La vérité est en ce sens se confond avec le respect du « principe de contradiction » qui formule l’exigence logique de non-contradiction.

Les deux problématiques

Les sujets relatifs à la notion de vérité explorent deux grandes problématiques, correspondant l’une à la question du « comment », l’autre à celle du « pourquoi » (au sens du « en vue de quoi »). Nombre de sujets se rattachent au problème de la méthode, de la preuve, du critère permettant de distinguer erreur et vérité. La question à laquelle il s’agit de répondre est celle-ci : comment découvrir, produire ou reconnaître la vérité, et la distinguer de l’erreur ou de l’illusion ? Ce questionnement relève de la théorie de la connaissance et se rattache au premier domaine de la philosophie (défini par la question « Que puis-je connaître ? »).

Les sujets relatifs à la notion de vérité peuvent également avoir pour objet une réflexion sur la finalité de la recherche de la vérité et sur l’aptitude de l’homme à vouloir la vérité. Ce questionnement , qui interroge notre rapport à la vérité, présuppose la possibilité de l’indifférence à l’égard de la vérité, du déni de la vérité, de la volonté du subordonner l’intérêt pour la vérité à d’autres intérêts. Aux raisons de préférer l’erreur ou l’illusion à la vérité on peut opposer les raisons de valoriser et de vouloir la vérité. L’enjeu est la justification de l’idéal de la vérité. La vérité est un idéal dans la mesure où l’intérêt pour la vérité apparaît comme un un intérêt paradoxal, un intérêt désintéressé susceptible d’entrer en conflit avec d’autres intérêts, notamment sur le terrain politique. La question à laquelle il s’agit de répondre est donc celle-ci : pourquoi vouloir la vérité ? pourquoi faire de la vérité une valeur, un idéal ? Ce questionnement se rattache aux deuxième et au troisième domaines de la philosophie (définis par les questions « Que dois-je faire ? » et « Que m’est-il permis d’espérer ? »).

Il existe notamment un problème moral de la vérité, qui ne concerne pas exclusivement la question du mensonge. Tout le monde désire ne pas être trompé par autrui; mais peut-on affirmer que tout le monde désire ne pas se tromper ? L’erreur, a priori, est involontaire : on se trompe en cherchant la vérité et croyant l’avoir trouvée. Le mensonge, à l’inverse, est volontaire : le mensonge consiste à travestir la vérité pour tromper délibérément autrui, ce qui n’est pas incompatible avec la volonté de vérité, la volonté de ne pas se tromper soi-même. Un sujet sur le mensonge, la question « Faut-il toujours dire la vérité ? », par exemple, concerne le domaine de la morale, c’est-à-dire le domaine des devoirs de l’homme. La question du mensonge porte cependant, au premier abord du moins, sur le devoir envers autrui : a-t-on pour devoir de ne pas tromper autrui ? Entre l’erreur et le mensonge, se trouve une zone grise, constituée par l’indifférence à l’égard de la vérité et par la tentation de préférer l’erreur à la vérité. Du fait de la présence en l’homme de cette indifférence et de cette tentation se pose la question du devoir de vérité comme devoir envers soi-même.

Définitions :

L’erreur : le jugement qui consiste à prendre l’apparence de la vérité pour la vérité elle-même.

L’illusion : l’erreur persistante fondée sur une disposition permanente. Exemples : l’illusion d’optique, qui s’explique par notre faculté optique naturelle; l’illusion qui consiste à prendre ses désirs pour des réalités et qui dure autant que dure le désir.

Le mensonge : le discours contraire à la réalité, tenu dans le dessein de tromper.

La mauvaise foi : l’attitude qui, selon qu’elle est plus ou moins consciente, consiste soit à ne pas admettre devant autrui une vérité que l’on reconnaît, soit à se mentir à soi-même.

La véracité : qualité de celui qui dit la vérité ; l’attachement constant à la vérité.

Le devoir (l’obligation morale) : le devoir est le sentiment de respect pour une loi morale (une loi dictée par la conscience) qui, lorsqu’il contrarie le désir, oblige la volonté. Le devoir est un phénomène de la conscience. Le sentiment du devoir est un sentiment de contrainte intérieure. En ce sens, l’obligation se distingue de la contrainte, qui consiste à subir la pression d’une force extérieure. Agir par devoir consiste à s’obliger être contraint. S’obliger consiste à opposer la volonté au désir, lorsque celui-ci entre en contradiction avec le devoir.

Texte et Pascal

Le texte illustre la problématique des rapports entre morale et vérité. Il se rattache également à la question de l’homme (« Qu’est-ce que l’homme ? »).

La conclusion du texte de Pascal est l’expression d’un impératif, d’une règle, c’est-à-dire d’un devoir : « Travaillons donc à bien penser ! Voilà le principe de la morale ». Le premier devoir de l’homme est de faire un bon usage de sa faculté de penser, d’être lucide, de chercher la vérité pour vivre dans la vérité.

L’argument à l’appui de cette thèse est que la pensée fait la valeur de l’homme : « Toute notre dignité consiste donc en la pensée ». Cette affirmation est elle-même fondée sur l’idée selon laquelle la pensée est le propre de l’homme dans l’univers. En tant qu’il occupe une portion de l’espace et du temps, l’homme est un être naturel parmi les autres dans l’immense univers, un corps vivant mortel, une faible force matérielle. Mais dans l’univers connu, l’homme est le seul être doté de la conscience de soi (« il sait qu’il meurt ») et du pouvoir de connaître l’univers et ses lois. Il est le seul être à pouvoir connaître son insignifiance, sa faiblesse, la relativité de sa propre condition dans l’univers. La pensée ainsi définie se distingue de la simple intelligence animale (perception et adaptation à l’environnement en vue de la survie). L’homme est le seul être double, à la fois corps et esprit, ce qu’exprime la métaphore du « roseau pensant » : corps faible et périssable, simple partie d’un Tout, il est supérieur par l’esprit au Tout dont son existence dépend; par l’esprit ou par la pensée, c’est-à-dire par la conscience de soi et la faculté de connaître.

Définition :

La dignité : la valeur absolue, objet de respect inconditionnel, qu’il ne faut sacrifier à aucun intérêt.

18-29 septembre

Qu’est ce que la vérité ?

La notion de vérité exprime deux idées: l’idée d’adéquation de la pensée ou du discours au réel sur lequel porte la pensée ou le discours; l’idée de cohérence (non-contradiction) de la pensée ou du discours. On voit que la notion de vérité, comme celle d’erreur, s’applique à la pensée et/ou au discours (oral ou écrit). L’idéal de vérité naît avec le langage qui exprime la pensée. Il n’y a d’erreur ou de vérité que dans les jugements, énoncés par des propositions, qui affirment ou nient quelque chose sur quelque sujet que ce soit.

Les sujets sur la vérité porte généralement sur le notion de vérité-adéquation. Cette notion d’adéquation vient de la formulation en latin, par Thomas d’Aquin (env. 1225-1274) de l’idée de vérité: « Veritas est adaequatio rei et intellectus (La vérité est l’adéquation de la chose et de l’intellect). » La vérité qualifie l’idée, conçue par l’esprit, qui est en adéquation avec la « chose » qu’elle exprime. Cette idée de vérité est mobilisée pour évoquer l’erreur et la vérité dans les sciences, le système d’information ou l’enquête policière, dans toutes les circonstances où le discours à pour but de décrire ou d’expliquer ce qui est, c’est-à-dire la réalité, ou un aspect de la réalité.

La cohérence logique est un critère de vérité plus général : il s’impose à tous les discours, scientifiques, mathématiques, théologiques, philosophiques, etc. la contradiction, l’erreur logique, a pour effet d’invalider le discours quel qu’il soit, qu’il ait ou non la réalité du monde pour objet. Une démonstration mathématique, par exemple, est un enchaînement de propositions cohérent; elle est vraie parce que cohérente, mais elle ne vise pas à décrire ou à expliquer une réalité. Un discours qui décrit ou explique la réalité doit être vrai dans les deux sens : une théorie scientifique doit, pour être vraie, à la fois être cohérente et correspondre à la réalité. Une proposition ou une théorie peut cependant être cohérente (ne pas être fausse d’un point de vue logique) sans que cela constitue pour autant une preuve de sa vérité au sens de la vérité-adéquation. Dans le domaine de la métaphysique, philosophie ou théologie, il est ainsi possible d’argumenter sans preuve, c’est-à-dire de chercher la cohérence, sans être en mesure de pouvoir prouver l’adéquation à la réalité. La cohérence de la théologie (le discours rationnel sur Dieu), par exemple, ne constitue pas une preuve de l’existence de Dieu. Les deux critères doivent être distingués. La proposition selon laquelle Dieu, l’être parfait par définition, est nécessairement infiniment bon, est une proposition cohérente, vraie parce que cohérente, que Dieu existe ou non. Cette cohérence ne constitue cependant pas en elle-même une preuve qu’il existe réellement un être parfait infiniment bon.

Définitions :

Jugement : acte de la pensée; le jugement est la décision de l’esprit qui consiste, après examen, à affirmer ou à nier quelque chose sur un sujet donné.

Proposition : énoncé de discours (oral ou écrit) qui exprime un jugement.

Vérité-adéquation : l’accord de la connaissance avec son objet; adéquation de l’idée avec la chose; la proposition ou la théorie (ensemble cohérent de propositions) qui correspond à la réalité telle qu’elle est. Ces trois formulations possibles de la même idée de vérité sont correctes.

Vérité-cohérence : l’association sans contradiction, dans une proposition ou un enchaînement de propositions, de deux ou plusieurs idées. La vérité est en ce sens se confond avec le respect du « principe de contradiction » qui formule l’exigence logique de non-contradiction.

Les deux problématiques

Les sujets relatifs à la notion de vérité explorent deux grandes problématiques, correspondant l’une à la question du « comment », l’autre à celle du « pourquoi » (au sens du « en vue de quoi »). Nombre de sujets se rattachent au problème de la méthode, de la preuve, du critère permettant de distinguer erreur et vérité. La question à laquelle il s’agit de répondre est celle-ci : comment découvrir, produire ou reconnaître la vérité, et la distinguer de l’erreur ou de l’illusion ? Ce questionnement relève de la théorie de la connaissance et se rattache au premier domaine de la philosophie (défini par la question « Que puis-je connaître ? »).

Les sujets relatifs à la notion de vérité peuvent également avoir pour objet une réflexion sur la finalité de la recherche de la vérité et sur l’aptitude de l’homme à vouloir la vérité. Ce questionnement , qui interroge notre rapport à la vérité, présuppose la possibilité de l’indifférence à l’égard de la vérité, du déni de la vérité, de la volonté du subordonner l’intérêt pour la vérité à d’autres intérêts. Aux raisons de préférer l’erreur ou l’illusion à la vérité on peut opposer les raisons de valoriser et de vouloir la vérité. L’enjeu est la justification de l’idéal de la vérité. La vérité est un idéal dans la mesure où l’intérêt pour la vérité apparaît comme un un intérêt paradoxal, un intérêt désintéressé susceptible d’entrer en conflit avec d’autres intérêts, notamment sur le terrain politique. La question à laquelle il s’agit de répondre est donc celle-ci : pourquoi vouloir la vérité ? pourquoi faire de la vérité une valeur, un idéal ? Ce questionnement se rattache aux deuxième et au troisième domaines de la philosophie (définis par les questions « Que dois-je faire ? » et « Que m’est-il permis d’espérer ? »).

Il existe notamment un problème moral de la vérité, qui ne concerne pas exclusivement la question du mensonge. Tout le monde désire ne pas être trompé par autrui; mais peut-on affirmer que tout le monde désire ne pas se tromper ? L’erreur, a priori, est involontaire : on se trompe en cherchant la vérité et croyant l’avoir trouvée. Le mensonge, à l’inverse, est volontaire : le mensonge consiste à travestir la vérité pour tromper délibérément autrui, ce qui n’est pas incompatible avec la volonté de vérité, la volonté de ne pas se tromper soi-même. Un sujet sur le mensonge, la question « Faut-il toujours dire la vérité ? », par exemple, concerne le domaine de la morale, c’est-à-dire le domaine des devoirs de l’homme. La question du mensonge porte cependant, au premier abord du moins, sur le devoir envers autrui : a-t-on pour devoir de ne pas tromper autrui ? Entre l’erreur et le mensonge, se trouve une zone grise, constituée par l’indifférence à l’égard de la vérité et par la tentation de préférer l’erreur à la vérité. Du fait de la présence en l’homme de cette indifférence et de cette tentation se pose la question du devoir de vérité comme devoir envers soi-même.

Définitions :

L’erreur : le jugement qui consiste à prendre l’apparence de la vérité pour la vérité elle-même.

L’illusion : l’erreur persistante fondée sur une disposition permanente. Exemples : l’illusion d’optique, qui s’explique par notre faculté optique naturelle; l’illusion qui consiste à prendre ses désirs pour des réalités et qui dure autant que dure le désir.

Le mensonge : le discours contraire à la réalité, tenu dans le dessein de tromper.

La mauvaise foi : l’attitude qui, selon qu’elle est plus ou moins consciente, consiste soit à ne pas admettre devant autrui une vérité que l’on reconnaît, soit à se mentir à soi-même.

La véracité : qualité de celui qui dit la vérité ; l’attachement constant à la vérité.

Le devoir (l’obligation morale) : le devoir est le sentiment de respect pour une loi morale (une loi dictée par la conscience) qui, lorsqu’il contrarie le désir, oblige la volonté. Le devoir est un phénomène de la conscience. Le sentiment du devoir est un sentiment de contrainte intérieure. En ce sens, l’obligation se distingue de la contrainte, qui consiste à subir la pression d’une force extérieure. Agir par devoir consiste à s’obliger être contraint. S’obliger consiste à opposer la volonté au désir, lorsque celui-ci entre en contradiction avec le devoir.

Textes et Pascal et de Kant

Les deux textes illustrent la problématique des rapports entre morale et vérité. L’un et l’autre se rattachent également à la question de l’homme (« Qu’est-ce que l’homme ? »).

Texte de Pascal

La conclusion du texte de Pascal est l’expression d’un impératif, d’une règle, c’est-à-dire d’un devoir : « Travaillons donc à bien penser ! Voilà le principe de la morale ». Le premier devoir de l’homme est de faire un bon usage de sa faculté de penser, d’être lucide, de chercher la vérité pour vivre dans la vérité. L’argument à l’appui de cette thèse est que la pensée fait la valeur de l’homme : « Toute notre dignité consiste donc en la pensée ». Cette affirmation est elle-même fondée sur l’idée selon laquelle la pensée est le propre de l’homme dans l’univers. En tant qu’il occupe une portion de l’espace et du temps, l’homme est un être naturel parmi les autres dans l’immense univers, un corps vivant mortel, une faible force matérielle. Mais dans l’univers connu, l’homme est le seul être doté de la conscience de soi (« il sait qu’il meurt ») et du pouvoir de connaître l’univers et ses lois. Il est le seul être à pouvoir connaître son insignifiance, sa faiblesse, la relativité de sa propre condition dans l’univers. La pensée ainsi définie se distingue de la simple intelligence animale (perception et adaptation à l’environnement en vue de la survie). L’homme est le seul être double, à la fois corps et esprit, ce qu’exprime la métaphore du « roseau pensant » : corps faible et périssable, simple partie d’un Tout, il est supérieur par l’esprit au Tout dont son existence dépend; par l’esprit ou par la pensée, c’est-à-dire par la conscience de soi et la faculté de connaître.

Texte de Kant

Dans la première phrase du texte, Kant définit l’appellation par laquelle les philosophes du 18e siècle caractérisaient leur siècle et sa place dans l’Histoire : « Les lumières se définissent comme la sortie de l’homme de l’état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. » Ce qui signifie que le siècle des Lumières est ainsi nommé parce qu’il a vu se diffuser l’esprit critique permettant à l’homme de se libérer des préjugés. Sans l’esprit critique, l’humanité est comme l’enfance, condamnée à penser sous l’influence d’une autorité.

La minorité, au sens juridique, est l’irresponsabilité associée à l’incapacité de se servir de sa raison sans être guidée par la raison d’autrui. C’est pourquoi le mineur a besoin d’un tuteur, l’adulte apte à penser à sa place et qui pourra être responsable pour lui. L’enfant n’est toutefois pas responsable de sa minorité. L’homme adulte, apte à penser par lui-même, qui renonce à user de sa faculté de penser, doit en revanche être tenu pour responsasable de l’état de minorité dans lequel il se maintient volontairement.

La référence aux « lumières » que l’on oppose à l’obscurantisme de l’ignorance et de la superstition a donc avant tout, selon Kant, une signification morale. Les lumières se définissent par un impératif qui exprime, comme dans le texte de Pascal, le premier devoir de l’homme : il faut penser par soi-même ! « Sapere aude ! [Ose être sage !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières. » L’esprit critique et la faculté de penser par soi-même ne sont pas donnés à l’homme, lequel commence sa vie dans les préjugés, sous l’influence des adultes qui autour de lui pensent à sa place. On retrouve dans le texte de Kant l’idée qu’il faut travailler à bien penser, mais cette idée est associée à l’exigence de liberté. Pour vouloir la vérité, le savoir et la sagesse, il faut vouloir se libérer des préjugés, s’émanciper des autorités qui maintiennent l’esprit des hommes sous tutelle.

Si penser est un devoir, c’est qu’il existe en l’homme deux dispositions qui le conduise à préférer l’état de minorité, la soumission à une autorité qui dispense du travail de la pensée : la paresse et la lâcheté. la paresse intellectuelle est le goût du moindre effort dans le domaine de l’esprit. Penser est une activité, une activité pénible, car il faut consentir au doute et à la recherche nécessaire à la production du jugement qui permet d’en sortir. Il est plus confortable de s’en remettre au jugement d’autrui, dans tous les domaines. La lâcheté consiste à céder à la peur de la liberté. Tous les pouvoirs ont intérêt à agiter cette peur de la liberté, justifiant leur autorité par leur souci du bonheur des gouvernés, à l’image de la bienveillance du père de famille à l’égard de ses enfants, voire à celle du bon berger qui guide le troupeau.

Le paternalisme du pouvoir fait ainsi écho à l’état de minorité de celui qui consent à être guidé par la volonté et la raison d’autrui. Contre le paternalisme, le libéralisme des lumières conçoit le projet d’une éducation de la liberté par la liberté : comme l’apprentisage de la marche, l’apprentissage de la pensée, qui est comme la marche une faculté naturelle, suppose la liberté et l’acceptation d’une part de risque. Au prix de quelques chutes et de quelques erreurs, il est possible d’apprendre par soi-même, de se cultiver, de progresser dans tous les domaines de la pensée et de l’action.

Définitions :

La dignité : la valeur absolue, objet de respect inconditionnel, qu’il ne faut sacrifier à aucun intérêt.

L’entendement : synonyme de « la raison », la faculté de penser ou de connaître.

Le préjugé : l’idée reçue d’un autre (d’une autorité). Les préjugés sont les croyances dogmatiques, c’est-à-dire les opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter.

L’autorité (l’autorité intellectuelle) : le pouvoir d’influence (pouvoir spirituel), qui repose sur la confiance et qui consiste dans le pouvoir d’influencer les esprits sans recourir à la force. Exemple : l’autorité du parent sur l’enfant. L’autorité est souvent associée au pouvoir mais s’en distingue. Le pouvoir est pouvoir de contraindre et appelle l’obéissance; l’autorité est l’exercice d’un pouvoir d’influence qui repose sur la confiance de celui qui est influencé. Le modèle de l’autorité est précisément l’autorité du parent à l’égard de l’enfant, lequel pense sous influence parce qu’il place spontanément sa confiance dans le jugement de ses parents.

11 – 15 septembre

Présentation du cours
Feuille de route

Programme

Les dix-sept notions du programme : La vérité, la raison, le langage, la science, la religion, la conscience, l’inconscient, la liberté, le bonheur, le devoir, la justice, L’État, la nature, le travail, la technique, l’art, le temps.

Sujets du bac 2023
Présentation de la philosophie

La philosophie naît au 4e siècle avant l’ère chrétienne (400-300 avant J.C.) à Athènes. La date qui sert de référence est celle du procès et de la mort de Socrate, en 399, au début de ce quatrième siècle. Le terme « philosophie » est inventé par Platon (428/427 av. J.-C. – 348/347 av. J.-C.) à partir de deux mots, « philia », qui signifie amour, et « sophia », qui signifie à la fois savoir et sagesse. Le philosophe est l’ami du savoir et de la sagesse. Pour concevoir l’idée du philosophe, Platon prend pour modèle son maître Socrate. Dans son premier texte, Apologie de Socrate, Platon décrit la manière dont Socrate se présente au cours de son procès. Socrate se dépeint lui-même comme le plus sage des Athéniens pour une seule raison : tandis que les autres ont en commun de croire savoir quelque chose, lui sait qu’il ne sait rien. Socrate est un professeur de doute qui invite chacun à mettre en question ses croyances. Le philosophe n’est pas le savant ou le sage, celui qui possède savoir ou sagesse, il est celui qui met en doute les croyances (croire savoir, croire être juste) afin de chercher le savoir et la sagesse. Ou pour le dire autrement : le premier savoir du philosophe est le savoir du non-savoir qui rend la recherche nécessaire. La philosophie désigne donc au départ non une doctrine mais une méthode, celle de Socrate, qui associe doute, questionnement et dialectique (débat contradictoire).

Pour définir les objets ou les domaines de la philosophie, la meilleure référence est le philosophe Emmanuel Kant (1724-1804), un philosophe allemand considéré comme le philosophe le plus important du siècle des Lumières, le 18e siècle, baptisé aussi « le siècle des philosophes ». La philosophie antique distinguait trois parties de la philosophie, la logique, la physique et l’éthique. Kant donne une présentation légèrement différente, sous forme de questions (ce qui rappelle que la philosophie commence toujours par le questionnement). Cette présentation correspond à la pratique moderne de la philosophie.

Quatre questions définissent la philosophie. Une question récapitule toutes les autres : Qu’est-ce que l’homme ? La philosophie est une anthropologie, une étude de l’homme (en grec ancien, « anthropos » signifie « homme »). Kant exclut donc la physique (l’étude de la nature) de la philosophie, qu’il distingue de la science. Néanmoins cette question générale ne suffit pas à définir la philosophie: les sciences aussi (naturelles et humaines) étudient l’homme. Les trois questions qui précisent la manière dont la philosophie étudie l’homme sont les suivantes :

1 – Que puis-je connaître (ou savoir) ?

Ce domaine est celui de la théorie de la connaissance, que l’on étudiera en mobilisant les notions de vérité, raison, science, langage. L’enjeu (ce qui fait l’intérêt de la question) est la définition des critères de la distinction entre le vrai et le faux, l’erreur et la vérité. L’objet de la connaissance philosophique n’est pas l’objet de la connaissance (la réalité) mais le sujet de la connaissance (la raison, c’est-à-dire l’esprit qui, armé d’une méthode qu’il définit lui-même, produit la connaissance).

Ce questionnement se fonde sur la prise de conscience du fait que chacun, parce qu’il possède la raison (la faculté de penser), est responsable de l’usage qu’il en fait. Chacun est responsable de la vérité et de l’erreur dans ses propres jugements. La conscience de cette responsabilité justifie l’intérêt pour la méthode qui permet de produire et de reconnaître la vérité ainsi que la réflexion sur les grandes sources d’erreur. L’examen du pouvoir de connaître conduit également à s’interroger sur les limites de ce pouvoir : dans quelle mesure et/ou dans quels domaines est-il possible d’atteindre la vérité (de distinguer entre erreur et vérité) ?

2 – Que dois-je faire ?

Ce domaine est celui de la morale (éthique) et de la politique, que nous étudierons en mobilisant les notions de devoir, justice, État. Le débat relatif au libre-arbitre, considéré comme la condition de possibilité de la responsabilité morale (de la représentation des devoirs), mobilise les notions de conscience et d’inconscient. Le libre-arbitre est en effet le pouvoir de décision de la conscience dont l’existence peut être mise en doute par le dévoilement d’un moteur inconscient de la pensée et de l’action.

La question « Que dois-je faire ? » contient deux verbes, « devoir » et « faire » : l’objet de la morale est de définir le Bien (ce qu’on doit faire) et le Mal (ce qu’on ne doit pas faire). La philosophie morale confronte les théories morales qui définissent les critères de la distinction du Bien et du Mal permettant de régler l’action (la conduite) et de porter des jugements sur la valeur morale des actions et des hommes. Le devoir est l’obéissance à une loi. Il existe deux sources de lois dictant à l’homme ce qu’il doit faire ou ne doit pas faire : la conscience et l’État (la communauté). La notion de justice s’applique à la personne comme à l’État. On appelle morale ou éthique, les lois morales informelles qui règlent le rapport à soi ou les relations interpersonnelles. Le droit désigne les lois écrites qui définissent le juste et l’injuste dans l’État et que le pouvoir des juges (la Justice) doit faire appliquer. La philosophie politique confronte les théories de la justice qui définissent les critères de la distinction entre le juste et l’injuste permettant de définir l’idéal du droit auquel l’État doit se soumettre pour être juste.

La question de la Technique, c’est-à-dire le problème de la valeur morale et politique de la transformation de la nature par l’homme, entre dans le cadre du domaine de la philosophie morale et politique. L’écologie politique, par exemple, pose la question des devoirs de l’homme envers la nature (ou elle des droits de la nature).

3 – Que m’est-il permis d’espérer ?

Ce le domaine est celui de la sagesse et de la spiritualité, que l’on étudiera en partant de la notion de bonheur. Selon la philosophie en tant qu’elle est amour de la sagesse, tout homme désire être heureux, ce qui signifie qu’il cherche le souverain bien, le bien qui n’est pas un simple moyen pour un autre bien mais une fin en soi. Pourquoi vouloir être heureux ? Pour être heureux, pour vivre une vie qui vaille la peine d’être vécu. Tous les autres objectifs dans la vie, tous les biens que l’on veut posséder, à commencer par l’argent, sont des moyens pour le bonheur. Le bonheur est l’objet de tout désir, et tout désir est espérance de bonheur.

Nul besoin de philosopher pour éprouver des désirs et concevoir des projets qui donnent sens à la vie. La philosophie pose toutefois une question inquiétante, à laquelle on ne pense heureusement pas tous les jours : pourquoi vivre, sachant qu’on est mortel ? La conscience de la possibilité de la mort est ce qui fait apparaître le projet de tout être vivant, survivre, perpétuer la vie, comme étant absurde. L’être humain, conscient de la brièveté de la vie, ne veut pas seulement survivre, il veut que la vie ait un sens. Derrière la question du bonheur, se cache celle de la valeur et du sens de la vie.

La question de l’espérance mobilise la notion de temps. Elle engage le rapport à l’avenir, puisque c’est de l’avenir que nous attendons la réalisation de nos désirs, de nos projets, de notre idéal. L’espérance fait cependant naître un doute : espérer, n’est-ce pas désirer sans jouir ? Les deux principaux courants de la philosophie de la sagesse, l’épicurisme et le stoïcisme, défendent l’idée qu’il n’y a de bonheur qu’au présent, puisque seul le présent existe, le passé étant ce qui n’est plus et l’avenir ce qui n’est pas encore. La réflexion sur la mort conduit par ailleurs à concevoir la distinction entre le temps, où tout est éphémère, et l’éternité : cette distinction est mobilisée par la religion, bien sûr, mais aussi par la philosophie.

La philosophie de la sagesse est une réflexion sur l’espérance qui a pour objet de définir les critères de la distinction entre les désirs qui ont du sens et les désirs absurdes (vains, dérisoires et illusoires). L’un des grands clivages sur la question de l’espérance est l’opposition entre immanence et transcendance : faut-il contenir l’espérance dans les limites de la vie ici-bas ou au contraire dépasser ces limites ? Ce que la religion appelle « le salut » – l’espérance de pouvoir se sauver de la mort par la foi en gagnant l’éternité du Royaume de Dieu – est l’équivalent de ce que la philosophie antique a baptisé « sagesse ». Toutes les réponses à la question de l’espérance qui écartent la croyance en l’au-delà sont les philosophies qui cherchent une conception du sens et de la valeur de la vie immanente à l’ici-bas, c’est-à-dire à la vie elle-même. Pour le croyant, le désir d’éternité est celui qui a le plus de sens; pour l’athée, il est absurde car illusoire.

Deux autres notions se rattachent à cette question du sens de la vie : le travail et l’art. Le travail représente une part importante de l’existence. Que faut-il valoriser, le temps du travail ou celui du loisir (le temps libéré du travail) ? Le débat sur le travail porte sur le sens de la vie. L’art fait également partie des réponses à la question du sens de la vie. Ce qu’on pourrait illustrer par la célèbre formule de Nietzsche : « Sans la musique la vie est simplement une erreur, une torture, un exil« . La question fondamentale à propos de l’art est celle-ci : à quoi sert l’art, étant entendu qu’il ne sert à rien, c’est-à-dire qu’il n’est pas utile à la vie, qu’il ne vise pas à satisfaire des besoins vitaux ? Les réponses à cette question se situent nécessairement sur le terrain de la spiritualité, y compris si on répond simplement que l’art sert à divertir. Car le divertissement est par définition ce qui fait diversion : se divertir consiste à faire quelque chose de sa vie quand on n’a rien à faire; se divertir permet de combler le vide, de « tromper l’ennui », de donner du sens et de la valeur à la vie en l’absence de désir et de projet.

Remarques

1 – Toutes les questions abordées durant l’année, toutes les questions de dissertation se rapportent nécessairement d’une manière ou d’une autre à l’un de ces trois questionnements. Le premier travail à faire le jour de l’épreuve est donc d’identifier à quelle grande question de la philosophie rattacher chacun des trois sujets proposés.

2 – Dans ces trois domaines de la pensée philosophique, il existe plusieurs grandes argumentations possibles permettant de justifier des réponses cohérentes et convaincantes, mais il n’existe pas l’équivalent de la preuve scientifique, la preuve qui élimine toutes les réponses possibles à l’exception d’une seule. Philosopher, c’est donc argumenter sans preuve. La « vérité » exigée est la cohérence : la critique philosophique consiste à pointer une incohérence (une contradiction) dans une argumentation.

3 – Certaines notions du programme (la religion, la liberté) seront mobilisées dans chacun des trois domaines de la philosophie. Une religion se définit par une Vérité (les vérités de la foi établies à partir de la Parole de Dieu par exemple), une Loi (la Loi de de Dieu, qui dans le monothéisme définit le Bien et le Mal), une espérance (une doctrine du salut ou de la sagesse). La notion de liberté est polysémique, ce qui signifie que son sens varie selon les problèmatiques dans lesquelles elle apparaît.

4 – Depuis l’origine de son histoire, la philosophie mobilise la notion de nature humaine. Comme on le verra, les réponses apportées à chacune de ces grandes questions sont indissociables d’une certaine conception de l’homme. Concevoir l’homme comme créature de Dieu à l’image de Dieu ou bien comme simple corps vivant (animal parmi d’autres animaux), par exemple, n’est pas sans conséquences sur le contenu des réponses apportées.

L’étude de l’homme est d’ailleurs un problème pour la théorie de la connaissance. Peut-on connaître l’homme ? Pourquoi des « sciences humaines » sont-elles nécessaires à l’étude de l’homme ? Pourquoi la science de la nature ne suffit-elle pas ? La réflexion philosophique contemporaine sur la nature humaine doit tenir compte des données scientifiques, lesquelles font apparaître sous un jour nouveau une question posée depuis le commencement de l’histoire de la philosophie : comment s’articulent en l’homme nature et culture, ce qui est produit par la nature (l’inné, de donné biologique) et ce qui est produit par l’histoire (l’acquis de la civilisation transmis par l’éducation) ? Cette question, en apparence purement théorique, interfère avec les questions morales et politiques, ce qu’illustre, par exemple, le débat contemporain sur le « genre ».